GRASSE
MEDIATHEQUE DE GRASSE
Etude : 2011
Réalisation : 2013
Surface :
Coût :
Maître d'ouvrage : VILLE DE GRASSE
Architectes : EMMANUELLE BEAUDOUIN,LAURENT BEAUDOUIN,AURÉLIE HUSSON,IVRY SERRES,STEPHANE FERNANDEZ
Architectes assistants : RENÉ MAURY,YUNING SONG,RAPHAEL CAYRE,CHRISTOPHE THIERRY,NOÉMIE GAINEAU

La médiathèque de Grasse dessinée par Emmanuelle Beaudouin, Laurent Beaudouin, Aurélie Husson, Ivry Serres, et Stéphane Fernandez, donne au site une atmosphère de charme mais aussi de surprise et d’émotion. Il s’inspire du caractère unique de la structure urbaine de Grasse et joue des tensions et des proximités entre les bâtiments existants et la médiathèque. Il s’inspire des subtils rapports de matière entre les édifices publics et le tissu urbain et utilise, avec une vision moderne, une partie du langage et des matériaux traditionnels. En contrepoint de cette densité, la médiathèque offre des ouvertures visuelles sur le quartier et sur le lointain. La médiathèque Charles Nègre est insérée dans le contexte de façon à donner au public l’occasion de profiter de vues cadrées ou de perspectives panoramiques. La médiathèque de Grasse devient ainsi un lieu d’où l’on peut contempler la ville. Un belvédère au dernier niveau permet une vue directe vers la maison Charles Nègre, tandis que la terrasse met en valeur une vue frontale sur la mer et qu’un autre cadrage porte vers la tour de la Cathédrale. Un jardin suspendu de fleurs parfumées permet d’enrichir cet endroit qui deviendra rapidement un point de rencontre incontournable de la Médiathèque. La médiathèque de Grasse est clairement identifiable comme un bâtiment public ouvert à tous.Le projet doit résoudre le paradoxe d’être à la fois visible par la force et la qualité de sa présence et discret dans ses volumes et ses matériaux. Nous avons cherché une juste balance entre la présence d’un édifice d’exception et le respect attentif du voisinage. Les activités de la médiathèque de Grasse doivent être dévoilées sans être totalement étalées aux yeux du public. C’est aussi un projet urbain et dans ce cadre, nous proposons d’améliorer les relations piétonnes à l’intérieur du quartier. La médiathèque, idéalement située au cœur du centre-ville de Grasse, n’est pas conçue comme un monument isolé mais elle se veut le catalyseur d’une vie culturelle à l’échelle de la ville toute entière.

Le projet profite de la présence d’éléments de programme ayant une certaine indépendance pour créer plusieurs niveaux d’accès. Le hall de la rue Nègre, très large, permet de servir de foyer commun à l’exposition et à l’auditorium. Une arcade améliore le passage vers la place Vercueil et un ascenseur public relie le haut et le bas du site. Cet ascenseur est totalement indépendant de la médiathèque mais permet néanmoins un accès direct au hall principal. Il se trouve relayé plus loin par un second ascenseur public qui relie le jardin d’eau à la Place Morel. La vocation de la Place Vercueil est que s’y implantent des activités de café et de restaurant, l’accès des véhicules doit se faire dans la discrétion. Le traitement du sol en pierre se prolonge dans le passage du réservoir et se poursuit à l’intérieur du Matrium pour renforcer une impression de continuité naturelle entre l’intérieur et l’extérieur. En remontant la rue de la Lauve, on atteint, au dessus du réservoir, le jardin d’eau qui marque l’entrée principale de la Médiathèque. Le dessus du réservoir est partiellement couvert par un fin miroir d’eau dans lequel le bâtiment se reflète. Le choix de placer l’entrée principale à cet endroit est essentiel pour donner une vie nouvelle au magnifique amphithéâtre urbain que constitue la place Morel. C’est aussi une incitation à utiliser la rue de la Lauve, comme axe urbain au cœur de la ville. Par ailleurs, une grande partie du public arrive sur le site par le haut de la ville, en raison de la présence des parkings. Le hall et l’espace couvert qui le précède sont un lieu de fraicheur. Le miroir d’eau y reflète le ciel, créant un volume fluide et transparent. Une grande arcade à l’échelle urbaine marque la présence de la Médiathèque et accueille le regard en profondeur. L’arcade est traversante et la lumière de l’extrémité opposée en accentue la transparence. La rue de la Lauve est accompagnée une rampe suspendue, perçue comme une prolongation de la rue à l’intérieur de la Médiathèque. C’est l’élément dynamique du projet, celui qui sera le plus spectaculaire. La rampe est une promenade qui incite le visiteur à une démarche tranquille, elle permet un passage entre les deux niveaux comme une transition. C’est un lieu de flânerie intérieure qui dégage un parfum un peu mystérieux. Dans le hall, un puits de lumière naturelle traverse les deux niveaux supérieurs pour souligner avec douceur la présence de la banque de prêt. À la suite de l’accueil, on peut rejoindre directement les trois types de circulations ou accéder à l’espace d’actualité et à la bibliothèque des enfants. Au dessus du niveau d’accueil, les salles de lecture de la Médiathèque sont rassemblées sur deux niveaux pour en faciliter l’exploitation et la surveillance. Elles sont ouvertes l’une sur l’autre pour inciter le visiteur à explorer toutes les offres de la Médiathèque et permettre de percevoir la Médiathèque comme un tout. La future Médiathèque est pensée comme un espace perméable à la lumière, tout en préservant la fraicheur intérieure. Cela nécessite une approche nouvelle du dessin des façades. Les espaces de lecture reçoivent une lumière du jour tamisée et adoucie par le claustra de pierre qui enveloppe le bâtiment. Le claustra protège du soleil la façade vitrée située en retrait pour permettre le nettoyage. Les ventilations peuvent être ouvertes en soirée pour récupérer la fraicheur de la nuit. L’architecture est conçue pour filtrer le soleil pendant la journée et restituer une dentelle de lumière en soirée. La double apparence diurne et nocturne sera une des qualités majeure du site. Cette présence lumineuse se fera en douceur, dans la discrétion et sans excès. C’est une atmosphère globale que nous avons recherchée, une ambiance qui soit également valorisante pour le voisinage. Le thème du claustra est en rapport avec la tradition provençale, mais étendu à grande échelle, il devient un élément très moderne. La lumière artificielle intérieure utilise les voûtes en béton blanc pour se diffuser de façon douce dans les salles de lectures.

Le plan des salles de lecture, malgré sa simplicité, préserve des atmosphères diversifiées vis-à-vis de la façon de lire. La variété des lieux permet aussi de répartir les collections avec souplesse. Le programme est abordé dans un esprit d’équilibre entre les lieux d’animation et les salles de lecture à l’ambiance plus calme. Le but est d’atteindre une grande fluidité entre les différentes fonctions et une parfaite visibilité des relations entre les salles. Les espaces de la bibliothèque doivent transmettre le plaisir de lire, mais, plus largement le plaisir de vivre. La complexité du programme s’insère dans des formes simples et des volumes clairs, emprunts de dignité. Les niveaux sont reliés entre eux par deux ascenseurs, un escalier et la rampe, facilitant la communication entre les salles. Les communications verticales mettent efficacement en relation les fonctions de façon à relier fortement des espaces que les utilisateurs doivent percevoir comme une continuité. Nous avons voulu recentrer le programme et éviter le plus possible un étalement dans le site. C’est pourquoi nous n’avons pas utilisé toutes les opportunités foncières permises par le programme. L’économie d’espace est voulue pour assurer à la Médiathèque un meilleur fonctionnement sur le plan de la surveillance des salles de lecture et vis à vis de l’information des utilisateurs. C’est aussi l’occasion de permettre à la ville de compléter la construction de la Médiathèque en redonnant un usage d’habitation aux maisons voisines et en renforçant le tissu commercial et touristique du quartier. La compacité du programme permet de se traduire par une économie des coûts de construction et par la capacité de préserver certains édifices pour d’autres usages. Le projet permet ainsi une économie globale performante : dans son coût de construction, dans son coût d’exploitation et dans la réserve foncière qu’il préserve. Par ailleurs, le recentrage du programme est lié à la fonction même de la Médiathèque en facilitant les relations et la simplicité de surveillance et de circulation du personnel. Le projet que nous proposons s’affirme aussi comme un lieu vivant, ouvert sur l’évolution des technologies et en capacité de s’adapter facilement pour évoluer dans le temps. Une attention particulière est apportée à la souplesse de l’alimentation en énergie des salles de lecture. Le creux réservé entre chaque voutain contient en partie basse le réseau de ventilation et en partie haute des caniveaux d’alimentation électrique régulièrement répartis au sol des salles. La souplesse d’implantation du mobilier et la capacité de faire évoluer l’offre technologique, sans frais excessifs, sont des facteurs essentiels dans la prise en compte du développement durable. L’autre facteur de prise en compte des nouvelles technologies est l’importance accordée au « Matrium » qui est disponible et équipé comme un lieu de contact avec le public. Il est largement ouvert sur l’extérieur et, par sa transparence, renforce le lien piéton que nous avons voulu préserver entre la rue de la Lauve et la place Vercueil. La vitrine du Matrium met ainsi en scène le mur du réservoir dans sa la totalité. Le mur, la porte historique et le passage restent à l’air libre, éclairés dans une lumière naturelle.